Repères - L'occitan dans l'histoire
 

LANGUES ET CULTURES RÉGIONALES
(extraits)



Rapport de Monsieur Bernard Poignant - Maire de Quimper

À Monsieur Lionel Jospin - Premier ministre - le 1er juillet 1998

Ce rapport dresse un état des lieux des langues régionales en France. Au sommaire :
    Inventaire des langues régionales.
    L'État-Nation et sa diversité linguistique et culturelle.
    La situation actuelle dans l'enseignement, culture et médias.
    Propositions dans le cadre institutionnel, dans l'enseignement public et l'enseignement associatif, dans la culture et les médias, à propos de la Charte européenne.
On peut lire le rapport dans son intégralité sur le site de la Documentation Française



(1) extrait de l'inventaire des langues régionales

L'occitan. Cette appellation a été retenue dans la nomenclature établie par la loi Deixonne. Les académies concernées par l'enseignement de l'occitan sont les suivantes : Nice, Grenoble, Aix-Marseille, Clermont-Ferrand, Montpellier, Toulouse, Limoges, Bordeaux et, pour une faible partie, Poitiers. Cette langue est également parlée et enseignée en Espagne (au Val d'Aran où elle bénéficie d'un statut officiel) et dans un certain nombre de vallées italiennes des Alpes. Parmi les langues régionales, l'occitan se caractérise par son extension géographique, de loin la plus importante ramenée au territoire français, et par une production culturelle - en particulier littéraire - au prestige certain, à la fois très ancienne et vivace.




(2) extrait sur l'État-Nation et les langues régionales

...C'est une histoire sensible, chargée de passions, de tensions et même de violences. La France est un État-Nation dont la naissance puise ses racines dans la monarchie, l'empire avant que ne s'installe la République une et indivisible.

Son territoire métropolitain est fait de conquêtes, d'annexions, de guerres, de révolutions, de territoires perdus et reconquis, de mariages monarchiques etc.
Il se prolonge outre-mer par les territoires issus de la période coloniale et demeurés dans la République.
Dans chaque région concernée, il subsiste des blessures, même si très rares sont les Français qui remettent en cause le principe de l'unité nationale. C'est notre réalité, notre passé [...] Évidemment, l'extension et l'obligation de la langue française ont été au coeur de la construction de notre pays. Le français a été souvent la langue du combat républicain, de la devise nationale comme celle de la promotion sociale et de l'égalité des chances. Il a été la langue de la liberté.
Il est vrai que ce développement du français s'est fait au détriment d'autres langues. Il est vrai que l'État a appliqué des méthodes qui ont été à l'encontre des réalités linguistiques des populations, de leurs traditions et de leurs cultures aussi.
Encore faut-il regarder sans anachronisme cette période de naissance de l'école républicaine. Le livre de Jean-François Chanet, L'École républicaine et les petites patries préfacé par Mona Ozouf, démontre que le premier objectif n'était pas de faire disparaître les langues régionales. Il était de faire apprendre la langue française à tous. Il était de faire de chaque Français un républicain, un enfant de 1789. Des forces se sont opposées à cet objectif, notamment dans l'église. La langue parlée par le peuple s'est trouvée au centre de ce combat. Prise en otage, victime de cette bataille essentielle, elle en a fait les frais dans certaines régions. Mais on ne trouve aucune trace de volonté d'anéantir les langues régionales dans les discours de Jules Ferry à la Chambre des Députés. De la même façon, le dictionnaire de l'enseignement primaire de Ferdinand Buisson ne prône pas une telle disparition. Écrivant cela, il ne s'agit pas de passer sous silence les méthodes d'interdit brutal de pratique de la langue régionale ou certaines déclarations ministérielles de l'époque faites à l'emporte-pièce. Il reste une mémoire de cette période et de ces pratiques dans le conscient ou l'inconscient collectif des populations. Être puni pour parler sa langue ne peut pas être soutenu.  [...]
[...] Nos langues et cultures régionales sont aussi notre patrimoine commun, une partie du patrimoine de l'humanité. Aujourd'hui, la République ne respecterait pas ses propres principes si elle n'était pas attentive aux demandes, aux attentes, à la vie de ces langues et cultures qui existent sur son territoire, en métropole comme outre-mer. Notre pays aime protéger ses monuments et ses oeuvres artistiques. Il a mis en place des structures administratives, formé et recruté des fonctionnaires pour cela. Il doit porter la même attention à son patrimoine linguistique et à sa diversité culturelle. Cela relève de son devoir. Il est comptable de la vie de ces langues sur son territoire. Pourtant, la France a pris beaucoup de retard. Il a la responsabilité de les sauvegarder, de les transmettre, de les développer. Ne rien faire serait choisir leur disparition, au moins leur effacement. Cette disposition serait contraire à de nombreux textes internationaux.



(3) extrait sur la situation actuelle dans l'enseignement

L'enseignement des langues (ou dans ces langues) et cultures régionales est diffusé dans trois réseaux scolaires :

* le réseau public (écoles, collèges, lycées et universités)
* le réseau des établissements d'enseignement privé sous contrat d'association
* le réseau des écoles, collèges et lycées privés organisés sous forme d'associations culturelles.
- L'enseignement dans le réseau public ou dans le réseau des établissements sous contrat :.
Chaque niveau d'enseignement est concerné.
L'école primaire regroupe les écoles maternelles et élémentaires. Dans la continuité des textes précédents, la circulaire de 1995 rappelle que peuvent être mises en oeuvre deux formes d'enseignement : une initiation aux langues et cultures régionales et un apprentissage fondé sur le bilinguisme [...]
* À l'école maternelle : l'initiation a lieu à raison de 1 à 3 heure(s) par semaine au cours d'activités d'apprentissage de la vie sociale, d'éveil artistique, d'éducation physique [...] L'enseignement bilingue peut être organisé lorsque la demande des parents aura été reconnue et quand existent des maîtres volontaires et formés pour l'assurer.
* À l'école élémentaire, l'horaire de français est intégralement maintenu et la langue régionale est la langue d'enseignement dans tout ou partie des autres disciplines [...]
* Au collège, plusieurs possibilités d'apprentissage sont ouvertes aux élèves volontaires :
- une sensibilisation d'une heure hebdomadaire (facultative) de la 6e à la 3e
- une option langue et culture régionale (obligatoire ou facultative) de 3 heures hebdomadaires
- l'enseignement bi-langues (plutôt que bilingue), avec pour les élèves de ces sections la possibilité de composer en langue régionale aux épreuves d'histoire-géographie du brevet.
* Au lycée les langues régionales peuvent être choisies en option (facultative ou obligatoire), les élèves de 1re et terminales générales peuvent choisir la langue régionale ou langue vivante 2 ou 3, ceux des sections technologiques peuvent la choisir en L.V.2, et enfin, ceux des baccalauréats professionnels ou de certains CAP ou BEP peuvent choisir de passer des épreuves facultatives de langue régionale [...]
Tous niveaux d'enseignement réunis, le total des élèves concernés pour l'année 1996-1997 s'élève à 335 000. Le total des élèves scolarisés cette année-là était de 12 millions.
- L'enseignement dans les écoles associatives
L'enseignement assuré par les écoles associatives est original car fondé sur des méthodes dites "d'immersion totale " dans la langue régionale : les élèves, dès les classes maternelles, pratiquent uniquement la langue régionale, puis progressivement utilisent le français comme langue d'enseignement à côté de celle-ci et, dans certaines écoles (Diwan, Calandretas), donnent une formation en anglais. Les élèves sont donc non seulement bilingues mais parfois trilingues à l'issue de leurs études élémentaires [...]
Ces associations ont des points communs : leur statut, leur pédagogie de l'immersion, leurs rapports avec l'État consignés dans des protocoles, leur formation des maîtres. Elles scolarisent aujourd'hui 5 000 élèves.

 


 
(4) extrait sur les principes qui guident les propositions
Principe n° 1 : Les droits de l'enfant et de l'élève sont la priorité [...]
Principe n° 2 : La langue française est la langue officielle [...]
Principe n° 3 : La République française reconnaît les langues et cultures régionales sur son territoire [...]
Principe n° 4 : La politique en matière de langues et cultures régionales doit s'inscrire davantage dans le cadre de la décentralisation [...]
Principe n° 5 : L'école républicaine est une école d'intégration [...]
Principe n° 6 : Apprendre une langue régionale est un acte volontaire. Cette faculté doit être ouverte à tous [...]
Principe n° 7 : Apprendre plusieurs langues est une richesse [...]
Principe n° 8 : Le même niveau de langue française doit être atteint par tous les élèves [....]
Principe n° 9 : L'État s'engage à assurer la continuité d'apprentissage d'une langue régionale [...]
Principe n° 10 : L'État reconnaît le pluralisme des méthodes pédagogiques [...]




(5) Conclusion

Plus la planète sera un village, plus l’information du monde arrivera chez soi, plus la circulation des images se démultipliera, plus chacun d’entre nous aura besoin de repères proches. Ceux-ci resteront nationaux. Ils seront aussi locaux et régionaux. Nous appartiendrons à toutes les strates de notre vie : local, national, européen, mondial. Il vaut mieux maîtriser cette évolution que de la subir. Il vaut mieux anticiper de façon positive que suivre à reculons. Il y va de la prise en compte de l’attente de nos concitoyens comme du rayonnement de la France à l’étranger.

La place faite aux langues et cultures régionales doit illustrer, accompagner et soutenir les grands choix vers lesquels le pays s’est engagé ou a commencé à le faire :

· Le choix européen : Notre exception culturelle en Europe ne doit pas signifier l’exclusion de notre diversité linguistique et culturelle en France. C’est pour cela que la position à l’égard de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires est importante. C’est pour cela que le gouvernement doit faire le choix de sa signature et prendre le chemin de sa ratification.

· Le choix girondin : La reconnaissance des langues et cultures régionales est en quelque sorte un prolongement logique de la décentralisation. Celle-ci n’est pas un mouvement terminé. Ce choix n’est pas contradictoire avec l’affirmation de l’importance de l’État. Le besoin d’État est essentiel mais sa forme concentrée est paralysante. La République est notre forme de vie en commun mais sa forme jacobine a épuisé ses effets. La France est notre nation et sa capitale n’est pas toute sa réalité.

· Le choix de la francophonie : la langue française a besoin d’être défendue et développée à l’étranger. Elle est notre langue commune. Son rayonnement à l’extérieur comme langue étrangère, sa défense comme langue minoritaire seront d’autant plus convaincants que la place des langues de France sera affirmée. Nous sommes un pays qui connaît une grande diversité de langues parlées, qu’elles soient historiques ou issues de mouvements migratoires. C’est pour cela que la langue française est primordiale, c’est pour cela qu’il faut avoir une politique suivie et cohérente pour les autres.

· Le choix du multilinguisme : connaître ou apprendre deux, trois, quatre langues est sans doute l’horizon de la jeunesse pour le XXIe siècle. C’est une bonne chose pour l’échange entre les hommes, pour la vie professionnelle ou simplement touristique, pour la compréhension entre les peuples et leur respect réciproque. La langue française, la langue régionale, dès le plus jeune âge, ne sont pas des handicaps pour apprendre une langue étrangère. Certains disent que la troisième langue est toujours plus facile à aborder. Un tel choix constitue un enrichissement pour le pays tout entier et un épanouissement pour tous ceux qui s’y engagent.

Après l’analyse, l’état des lieux, les propositions, ce sont les dernières raisons qui plaident en faveur d’une politique positive pour les langues et cultures régionales.


Fermer cette fenêtre


© CRDP de Toulouse- Thém@doc - Occitan, langue et culture vivantes, 2002.
Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.