Repères

Histoire d'un enseignement

Le politique et l'école


Les langues régionales de 1800 à 1950
Les langues régionales de 1950 à 2000
Pour la langue et la culture occitanes


De 1800 à 2000, le statut des langues régionales et de leur enseignement : répression, autorisation, incitation, valorisation

1800-1950 : répression : parlez français !

Au début de la Révolution, les langues régionales sont un véhicule de communication pour expliquer au peuple les lois nouvelles, les réformes, les objectifs de la politique révolutionnaire. La Convention voit très vite dans leur pluralisme un obstacle à l'unité nationale, elle norme, elle régule, elle étalonne : poids, mesures, langues. Par la chasse aux langues régionales, elle combat la diversité des régions, espaces de liberté où peuvent s'allumer des foyers de contre-révolution.
Sous les ministères de l'Instruction publique ( François Guizot 1836-1837, Victor Duruy 1863-1869, Jules Ferry 1879-1883) sont menées d'importantes réformes pour l'organisation de l'enseignement primaire et secondaire. L' ouverture à tous (et en particulier aux filles) va de pair avec une normalisation qui passe par l'uniformisation des programmes et des examens, l'obligation de la langue française et le refoulement des langues régionales. Pour corriger (punir, rectifier, redresser) le fautif patoisant, un système de répression se met en place, avec un attirail de stratégies et de châtiments. Bonnets d'ânes, écriteaux, bâillons... font partie de la panoplie répressive, ainsi que le « signal », un objet remis par le maître à l'élève qui laisse échapper un mot de dialecte ; l'élève qui le détient en fin de journée est puni. Mesures vexatoires, marques d'infamie qui ont humilié des générations d'élèves et ont donné naissance a contrario à des vocations d'écrivains et d'enseignants occitans et bretons (P-J. Hélias, Le Cheval d'orgueil).

Le débat (linguistique, culturel, politique) est à replacer dans le champ des langues maternelles et des langues imposées ou importées par la colonisation, des dialectes et des koïnés. La langue commune n'est pas, le plus souvent, la langue mère, et elle s'impose en "distorsion et discordance". Langues officielles, langues étrangères, langues secondes, dialectes... Le français, s'il est actuellement la langue maternelle des jeunes générations de musulmans français issus de l'immigration, n'était pas, jusqu'à ces dernières décennies, la langue maternelle de millions de Français de milieu urbain comme de milieu rural : leur langue maternelle, c'était leur « patois » (breton, alsacien, occitan, basque, corse...). C'est à peu près ce qui s'est joué entre le berbère ou le  kabyle, l'arabe, le français au Maghreb.


1950-2000 : autorisation, incitation, valorisation : vous POUVEZ parler alsacien, basque, breton, catalan, corse, occitan...

Une loi met fin à cette longue répression, en ouvrant un espace de permissivité pour l'enseignement des langues et cultures régionales : c'est la loi de 11 janvier 1951, dite loi Deixonne, du nom de Maurice Deixonne, rapporteur de la commission parlementaire de l'Éducation nationale qui avait présenté le projet de loi. Elle constitue une première reconnaissance officielle du droit à l'existence des langues régionales et de leur enseignement. Certes, le verbe « autoriser » est récurrent,  les langues régionales considérées comme faire-valoir de la langue française (article 2), et leur enseignement reste très facultatif et très limité.

Sur cette loi s'appuient la circulaire 82-261 du 21 juin 1982 (un dispositif d'enseignement des langues régionales de la maternelle au lycée), et la circulaire 83-547 du 30 décembre 1983 (objectifs, méthodologie, cadre de travail des enseignants). S'ajoutent à ces textes le décret du 23 septembre 1985 qui fixe le statut du Conseil national des langues et cultures régionales, ainsi que les arrêtés concernant les programmes spécifiques.

La circulaire du 7 avril 1995 est un texte essentiel : elle fait l'historique des textes parus sur l'enseignement des langues et cultures régionales et analyse leur contenu ; elle précise le rôle des instances académiques qui assurent la coordination de cet enseignement ; elle fixe l'organisation de cet enseignement à l'école, au collège, au lycée.

On peut trouver dans le rapport Poignant Langues et cultures régionales une analyse détaillée des données historiques des langues régionales et de la situation actuelle dans l'enseignement. Ce rapport, qui a été remis au Premier ministre le 1er juillet 1998, préconise une série de mesures et conclut notamment que la place faite aux langues régionales doit accompagner les grands choix dans lesquels le pays s'est engagé : l'Europe, la décentralisation, la francophonie, le multilinguisme. Il recommande que soit signée puis ratifiée par la France la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, charte proposée par le Conseil de l'Europe, qui prévoit la protection et la promotion de ces langues.

La France a signé ce traité en 1999. La portée de cette signature est relative : le gouvernement a signé a minima  les articles qui ne l'engagent pas à des réformes. Cette signature a cependant une valeur symbolique, car elle affirme de façon forte la reconnaissance de toutes les langues parlées sur le territoire national, et elle peut permettre d'en finir avec l'injustice dont les départements d'outre-mer sont victimes, par la reconnaissance des créoles.



Pour la langue et la culture occitanes

C'est dans le cadre des orientations et lois gouvernementales concernant le statut et l'enseignement des langues et cultures régionales que se développent et se structurent le statut, la diffusion et l'enseignement de la langue et de la culture occitanes. Un renouveau se précise, dessiné dans les années 60 au moment, paradoxalement, du déclin de la culture rurale, exode, désertification des campagnes, disparition des lieux de socialisation de la langue (cafés, fêtes traditionnelles, foires...). Le mouvement de résistance à une perte identitaire s'est renforcé dans les années 70, où l'occitan a été la langue de la contestation et de la revendication des cultures minoritaires : « Gardarem lo Larzac », « Volem viure al païs », Patrick, Marti, Rosina de Peira...

Un changement d'image est en cours, plus valorisante car sans doute mieux mise en valeur par une connaissance et une diffusion meilleures du patrimoine culturel occitan, et par l'intégration de ce patrimoine dans le pluralisme culturel d'aujourd'hui ; apports interculturels, métissages des pays, des langues, des cultures, élargissent un sentiment identitaire et un attachement aux racines restreints à l' « ici », à un « là-bas » plus vaste, l'Occitanie, le Sud, la Méditerranée... où se tissent les rencontres des cultures méditerranéennes, Europe du Sud, Maghreb... Vitalité de la littérature (qui puise dans le fonds de la littérature orale : contes, légendes, récits de vie), du théâtre, de la musique (des troubadours au rap), et du réseau associatif.

Cette revalorisation de la langue et de la culture occitanes est accompagnée par la politique ministérielle et académique de leur enseignement : planification d'un programme de développement, mise en place de mesures et de moyens, expérimentations de pratiques pédagogiques innovantes et de nouvelles formes d'apprentissage. Les objectifs de cette politique sont clairement définis : faire connaître, comprendre, intégrer le patrimoine régional, faire s'ouvrir aux langues et aux cultures voisines de l'Europe du sud, et faciliter ainsi la construction d'une Europe respectueuse du pluri-culturalisme. Ces axes ne sont pas étrangers à l'esprit de ce dossier et en assurent les choix, la cohérence et la structure internes. Occitan, langue vivante, una lenga per deman.



© CRDP de Toulouse- Thém@doc - Occitan, langue et culture vivantes, 2002.
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