En pratique- L'enfant polit 

Le test du doigt



Sorcière, diable, ogresse... désirent, avant de la dévorer, engraisser leur proie, et tâtent régulièrement pour tester la prise de poids doigt, main ou bras. Le test et le subterfuge présenté par l'enfant (souvent donné par un adjuvant : sa soeur, la femme de l'ogre...) sont un motif courant des contes de dévoration dans diverses cultures.



Hansel et Gretel, Grimm, conte allemand

La méchante sorcière a trompé  les deux enfants

[La vieille sorcière]  attrapa Hansel de sa main rêche, le conduisit dans une petite étable et l'y enferma au verrou. Il eut beau crier, cela ne lui servit à rien. La sorcière s'approcha ensuite de Gretel, la secoua pour la réveiller et s'écria :
- Debout, paresseuse ! Va chercher de l'eau et prépare quelque chose de bon à manger pour ton frère. Il est enfermé à l'étable et il faut qu'il engraisse. Quand il sera à point, je le mangerai.
Gretel se mit à pleurer, mais cela ne lui servit à rien. Elle fut obligée de faire ce que lui demandait l'ogresse. On prépara pour le pauvre Hansel les plats les plus délicats. Gretel, elle, n'eut droit qu'à des carapaces de crabes. Tous les matins, la vieille se glissait jusqu'à l'écurie et disait :
- Hansel, tends tes doigts, que je voie si tu es déjà assez gras.
Mais Hansel tendait un petit os et la sorcière, qui avait de mauvais yeux, ne s'en rendait pas compte. Elle croyait que c'était vraiment le doigt de Hansel et s'étonnait qu'il n'engraissât point. Quand quatre semaines furent passées, et que l'enfant était toujours aussi maigre, elle perdit patience et décida de ne pas attendre plus longtemps.
- Holà ! Gretel, cria-t-elle, dépêche-toi d'apporter de l'eau. Que Hansel soit gras ou maigre, c'est demain que je le tuerai et le mangerai.




Les petits garçons et le diable, conte populaire français (Contes du diable. Les plus beaux contes. Édition Terre de brume, 1998)

Deux petits garçons se perdent en forêt. Ils demandent protection auprès de la femme du diable qui les cache. Mais...

Le diable fureta partout et finit par trouver les petits enfants.
- Femme, prends ces garçons et mets-les à la broche.
- Ce n'est pas nécessaire pour aujourd'hui ; je t'ai fait cuire un jeune agneau.
- Alors, ce sera pour demain ; en attendant, mets les enfants dans le tonneau.
La femme fut forcée de placer les petits enfants dans un tonneau vide ; mais elle leur donna une queue de rat en leur disant de la présenter au diable si celui-ci venait les chercher avant le jour.
Lorsque le diable eut fini de manger son agneau, il eut encore faim et il alla au tonneau pour y prendre les enfants.
- Donne-moi ton bras, toi l'aîné ! dit-il à l'ouverture.
- Le voici, dit le petit garçon en avançant la queue de rat.
- Tu as le bras aussi maigre que cela ? Alors je vais te laisser ici avec ton frère jusqu'à ce que vous soyez un peu plus gras.
Le diable alla se coucher en songeant au bon repas qu'il ferait quand ses prisonniers seraient convenablement engraissés.




Histoire de Velajoudh et de l'ogresse Tseriel, conte berbère de Kabylie (TAOS AMROUCHE. Le Grain magique. La Découverte/poche, 1996)

Velajoudh, un petit garçon, est enlevé par l'ogresse Tseriel qui veut en faire le morceau de choix d'un grand couscous...

À peine arrivé dans sa maison, Tseriel tâta Velajoudh et le trouva maigre. Afin qu'il engraissât, elle l'enferma dans une dépense regorgeant de miel, de beurre, de figues sèches, de dattes et de noix.
- Mange tout ce que tu voudras, lui recommanda-t-elle.
Et elle tira sur lui la porte.
Velajoudh mangeait et dormait, dormait et mangeait. L'ogresse lui donnait à boire par un petit guichet. Au bout d'une quinzaine de jours, elle s'approcha du guichet et dit :
- Velajoudh, mon fils, donne-moi la main pour que je voie si elle est plus potelée.
Il lui tendit le manche d'une cuiller en bois.
- Tu es toujours aussi sec ! lui dit-elle avec dépit.
Et elle s'en alla chasser. Quelques jours après, elle dit à nouveau :
- Donne-moi ta petite main, Velajoudh mon fils !
Il lui offrit le manche d'une cognée. Mais l'ogresse déclara :
- Je t'accorde encore huit jours. C'est tout ce que Dieu t'aura donné de vie : maigre ou gras, ce sera même chose.


Fermer cette fenêtre


© CRDP de Toulouse- Thém@doc - Occitan, langue et culture vivantes, 2002.
Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.